jeudi 14 juillet 2016

Plan BE plutôt que Plan B ?

Deux responsables politiques libéraux de la banlieue bruxelloise se font entendre de façon plutôt originale dans Le Soir de ce matin (http://www.lesoir.be/1266140/article/actualite/belgique/politique/2016-07-14/deux-deputes-liberaux-pronent-refederalisation-pour-remettre-systeme-pla). Ayant habité 25 ans dans l'une des deux communes concernées (Hoeilaart, la flamande) dont j'ai par ailleurs naguère côtoyé le souriant bourgmestre (à l'occasion d'un mariage), j'ai eu la curiosité de lire leur interview commune. Je l'ai trouvée rafraîchissante même si empreinte d'un optimisme un peu naïf. 

Il n'est guère aisé d'être libéral dans notre pays depuis que cette idéologie a perdu l'essentiel de son utilité au début du XXème siècle. C'est évidemment encore plus difficile pour un libéral flamand qui se fait concurrencer par des nationalistes, eux-mêmes majoritairement libéraux sur le plan économique. Ce n'est pas facile non plus pour le bourgmestre francophone de La Hulpe, dont le parti a choisi de gouverner sous la houlette desdits nationalistes flamands. Les directions de leurs partis respectifs les ont d'ailleurs rapidement remis à leur place. 

Qu'y a-t-il de si dangereux dans leurs propos pour se faire crosser aussi sèchement? D'abord, ils font le constat, sur des exemples assez pratiques (dont par exemple la question de la Forêt de Soignes, ou la politique énergétique) et comme à peu près tout le reste de l'humanité qui s'est un peu intéressée à la question, que le système institutionnel belge est un foutoir sans issue. C'est assez remarquable de la part de libéraux de souhaiter que l'État fonctionne mieux, plutôt que de fonctionner moins. Où cela devient proprement scandaleux pour leurs amis politiques, c'est quand ils en viennent à souhaiter une remise à plat de ce système abracadabrant plutôt que de l'enrichir encore comme le souhaitent certains de leurs compères. Ceci implique bien entendu de "refédéraliser" nombre de compétences. Ce néologisme bien belge cache en fait le mauvais coup porté en son temps au verbe "fédérer"; en français (et d'autres langues à racines latines), le terme signifie "unir"; en belge, il signifie au contraire "diviser". La division progressive du pouvoir au long de nos diverses "réformes de l'État" (traduisez "décompositions de l'État") nous a amenés à ce système grotesque de gouvernement qui serait risible s'il n'était tragique pour tous les citoyens qui doivent en subir les conséquences (et le coût). Pour mettre les choses en perspective, comptons combien de villes au monde comptent une population plus importante que celle de tout notre pays. 

Je parlais plus haut d'optimisme naïf. Je les trouve optimistes car on entend bien dans leurs propos la conviction qu'il serait possible de refaire fonctionner ce pays. Je les trouve naïfs (ceci dit sans aucune condescendance) car ils semblent convaincus, par nécessité peut-être, qu'ils trouveront un jour une majorité politique dans ce pays prête à le faire fonctionner, en faisant définitivement abstraction de stériles rivalités régionales ou de minables jalousies sous-régionales. Et le bourgmestre d'Anvers comme le gauleiter des Flandres ne sont pas les seuls à devoir être éliminés pour faire place nette; voyons ces politicards wallons, de presque toutes les confessions, souhaitant séparer l'enseignement wallon du bruxellois, pendant que les ministres PSC concernées confient la définition de la stratégie de l'enseignement officiel au bureau Mc Kinsey. On croit rêver, mais on cauchemarde. 


Si on ne croit pas au Plan BE de nos deux amis libéraux, il faudra bien un jour se pencher sur un plan B. Ou alors simplement attendre que les héritiers du VNV nous l'impose. 

dimanche 19 juin 2016

Partez les premiers, messieurs les Anglais

On nous parle beaucoup des débats en cours en Angleterre quant au Brexit. On omet parfois de dire que la question aujourd’hui ne se résume plus qu’à : « Êtes-vous xénophobe, oui ou non ? »  C’est un véritable drame pour nos amis anglais progressistes qui ont une vision du monde aussi clairvoyante et généreuse que leurs camarades du « continent ».  Mais, pour nous, la question doit se poser différemment.  J’ai écouté avec intérêt l’interview de Yanis Varoufakis pour qui le départ des Anglais nous replongerait dans une situation un peu comparable à celle des années 30.  J’entends son argument mais ne le partage pas.

Si l’on remonte un peu en arrière, on se rappelle que la Grande-Bretagne n’a rejoint ce qui deviendra l’Union européenne qu’en 1973. Ce ralliement tardif est surtout dû à une vision fort différente de ce que ce type d’union doit être. Vu la mise à l’écart prolongée des Britanniques, essentiellement due à la France, ceux-ci ont d’ailleurs créé une Association Européenne de Libre Échange (AELE) qui correspond bien mieux à leur vision de ce que « l’Europe » devrait être : un grand marché de libre échange de produits. Point barre.  Mais l’AELE ne tient pas la route face au « Marché Commun », pas encore fort différent de cette AELE mais avec des ambitions bien plus larges. Les Anglais renonceront donc à cette AELE et rejoindront les Communautés européennes en 1973, mais sans que leur programme ne change d’un iota.

Ils n’auront donc de cesse depuis de faire en sorte qu’un projet européen qui dépasse les ambitions d’un syndicat de boutiquiers échoue. Et ils obtiendront de nombreux succès. Tout en obtenant un nombre important de dérogations quant à l’application chez eux des normes européennes, ils veilleront avec soin à ce que celles-ci stagnent au maximum chez leurs nouveaux amis. S’ils ont bien entendu dû passer sous les fourches caudines de l’union douanière, ils ont parfaitement réussi à éviter toute union fiscale et, surtout, sociale.  Ne parlons évidemment pas de politique étrangère où, avec la complicité d’autres États, ils ont réussi à maintenir la prééminence de l’OTAN, réduisant à néant par là toute possibilité pour l’Europe de jouer le moindre rôle sur la scène internationale.

Les Anglais ne sont évidemment pas les seuls responsables du fiasco européen. Leurs alliés danois des origines ont été renforcés par le contingent des anciens satellites de l’URSS, ne faisant guère de différences entre OTAN et Union Européenne, comme entre démocratie et comportement mafieux (stade suprême du libéralisme).

Le départ des Anglais, malheureusement pas encore certain aujourd’hui, serait une bénédiction pour l’Europe, quels que soient les projets de cette Europe car, ils n’ont aucune chance de jamais aboutir tant que les Anglais y pèseront. Si le départ des Anglais est une condition nécessaire mais pas encore suffisante, ce serait déjà un bon signe. Si les Danois, Suédois mais surtout Polonais, Hongrois ou autres Tchécoslovaques voulaient larguer les amarres, nous leur souhaiterons bon vent. Il y en a même quelques autres qui mériteraient d’être expulsés au passage, à commencer par les prédateurs luxembourgeois… 

Mais, ce serait la fin de l’Europe tout ça !  Pas du tout. Ce serait même peut-être le début d’une Europe, une autre Europe, mais une Europe sans doute plus proche du mythe fondateur, celui de la paix entre des nations réconciliées (but largement atteint pourvu que l’on n’ait pas été yougoslave). Ce serait une Europe débarrassée de la tutelle de gouvernements qui n’en veulent pas (sauf quand elle peut leur rapporter quelque chose), une Europe de politiques de coopération et plus de compétition, une Europe soucieuse de ses habitants et pas de la vitalité du commerce mondial, une Europe harmonisée, une Europe sociale.


Alors, chers amis Anglais, votez « Leave », prenez vos cliques et vos claques et débrouillez-vous. L’Europe n’a que faire de votre superbe égoïsme. Votre Empire s’est effondré en 1947 et il serait temps de commencer à vous en rendre compte. Nous ne vous remercierons pas pour le temps passé ensemble car il fut généralement désagréable. Mais, si un jour le vent tournait sur vos îles, nous vous accueillerons volontiers parmi nous. Mais cette fois, sans plus la moindre exception.

mercredi 8 juin 2016

Taille des bulletins de vote ou obésité parlementaire

La majorité des députés régionaux bruxellois, qui ne comprend décidément rien à l'informatique et aux problèmes qu'elle peut engendrer, a décidé de s'obstiner dans la voie technocratique.

Oh, bien entendu, on ne va plus voter avec le vieux système qui nous a ridiculisés aux yeux de la planète (en mettant à la poubelle les suffrages régulièrement exprimés par 2.200 électeurs sans importance). On va voter avec un nouveau vieux système, développé par la société Smartmatic, installée douillettement à la Barbade, paradis fiscal et lieu de prédilection de sociétés off-shore qui permet d'arroser à tout va sans laisser trop de traces.

L'argument-massue de nos technologues en herbe (bien que parfois d'un âge très avancé) est l'impossibilité de voter avec des bulletins papier vu le nombre de candidats aux élections régionales (dont on notera au passage que la responsabilité ne lui incombe pas).

En effet, la Parlement bruxellois compte pas moins de 89 (quatre-vingt neuf) députés. Oui, vous avez bien lu.

Faisons un petit récapitulatif quant aux divers parlements qui existent dans notre pays:











Députés Population
Max Min

Wallonie 75 3 600 000 48 000



Flandres 124 6 440 000 51 935



Bruxelles 89 1 200 000 13 483 25 16

Belgique 150 11 240 000 74 933










On voit que le Parlement le plus sobre en nombre d'habitants par député (74 933) est la bonne vieille Chambre. Wallonie et Flandres s'équilibrent à peu près,

Mais Bruxelles!

Si l'on appliquait la même métrique qu'au fédéral (Min) ou en Wallonie (Max), on voit que le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale compterait entre 25 et 16 députés.

Est-il vraiment nécessaire que la majorité des députés actuels votent une dépense de plusieurs millions (supportée par les citoyens, pas par ces députés...) pour acheter ou louer des machines à voter qui n'ont d'autre raison d'être que de prolonger leur sinécure?

À 16 ou 25 députés, un bon vieux bulletin en papier serait largement suffisant.

samedi 21 mai 2016

HTTP 404 : Belgian State not available

Depuis plus de 50 ans que je suis, souvent distraitement vu l'indigence habituelle du sujet, l'actualité politique belge, je n'ai entendu parler quasiment que de "réforme de l'Etat", "Communautés", "Régions", communes à "facilités", négociations communautaires, "sonnettes d'alarme", niveaux de pouvoir, transferts de compétences et de "sensibilités politiques" différentes au nord et au sud du pays. Ça se couplait à intervalle régulier avec des refrains eurolâtres promettant de dépasser nos problèmes par une intégration à un plus haut niveau.

Comme pour conjurer l'évidence du salmigondis institutionnel ainsi créé, d'aucuns se gargarisaient de temps à autres de notre "modèle belge" comme pouvant servir à d'autres pays en difficulté. Heureusement pour la planète, déjà surchargée de problèmes bien plus graves, nous sommes restés dans notre splendide isolement, sujet de l'intérêt, au mieux amusé, du reste de la planète, et même ou surtout de nos voisins immédiats. Il faut cependant observer que l'Union Européenne a reconnu d'une certaine manière notre rôle de précurseurs, en adoptant un schéma institutionnel à peu près aussi abscons que le nôtre. On sait où cela l'a menée.

Regardons un instant les faits. Nous sommes quelques onze millions à vivre dans ce pays. C'est aujourd'hui la taille de nombreuses villes en Europe et dans le monde. Pour gérer ces métropoles, on a généralement, du moins dans les démocraties, élu un Conseil Municipal qui, à son tour, a désigné un(e) Maire et des adjoints pour exercer le pouvoir exécutif. On est là assez loin du "modèle belge".

D'aucuns s'offusquent aujourd'hui d'être affublés du qualificatif de "failed State", persuadés que leur Art de multiplier les gouvernements est en réalité le signe que nous avons perfectionné la notion d'Etat à un niveau jamais atteint. C'est faire fi d'un principe démocratique élémentaire qui garantit à tous les citoyens le droit de comprendre comment ils sont gouvernés. C'est aussi oublier que, malgré les rodomontades affirmant qu'un État doit être géré comme une entreprise, nous avons créé un modèle d'inefficacité qui absorbe une part anormale de la richesse du pays tout en n'arrivant même plus à fournir les services qui fonctionnaient plutôt bien avant toutes ces "améliorations"; le cas des Allocations familiales est exemplaire, mais la liste est sans limite.

Confronté à l'image désastreuse que nous projetons à l'extérieur, et que nous continuons à détériorer chaque jour en proclamant des niveaux d'alerte préoccupant les faibles d'esprit, ou en déployant des soldats et des véhicules militaires dans nos rues, nos gouvernants viennent d'annoncer une grande campagne internationale de "relations publiques" destinée à nier l'évidence. On va encore ajouter une couche de ridicule à nos sommets d'incompétence. On va encore essayer de traiter les symptômes comme on ne peut rien contre la maladie.

Rien?

L'Etat n'a pas toujours eu bonne presse dans l'Histoire. Les états féodaux, policiers, totalitaires, tyranniques ou obscurantistes ont sérieusement terni le concept d'Etat. La démocratie lui a cependant donné un tout autre sens, en érigeant enfin un État selon la volonté de la majorité, défenseur des acquis historiques, promoteur de nouveaux progrès sociaux, éducationnels, culturels, sociétaux et économiques. Encore faut-il pour cela que l'État fonctionne, ce qui n'est manifestement plus le cas dans notre pays.

Quelle que soit l'orientation que les citoyens veulent donner à leur État, et j'ai comme chacun des idées  précises en la matière, il importe de restaurer d'abord un État démocratique capable de fonctionner. Cinquante ans d'expériences malheureuses nous indiquent clairement ce dont il est urgent de se détourner. Alors, si on faisait simple, efficace et, surtout, démocratique: un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif et un pouvoir judiciaire. Exit huit de nos neuf exécutifs, exit neuf de nos dix assemblées législatives (dont ce Sénat dont tout le monde se demande comment il se fait qu'il existe encore), exit les Provinces, exit la notion de "Chef d' État" qui ne l'est pas.

Impossible me direz-vous car vous ne tenez pas compte de votre opinion mais de celle, supposée, des "autres". "Ils n'accepteront jamais, etc." Ah bon? On veut faire fonctionner l' État mais seulement en en rajoutant encore une couche?

Renversons le processus: définissons ce que nous voulons, et qui nous aiment nous suivent. Les frontières des États sont un facteur volatile à l'échelle de l'Histoire. Si celles que nous connaissons aujourd'hui ne conviennent plus, changeons-les. On a raté cette possibilité au niveau européen (et ce n'est peut-être pas une si mauvaise chose au vu de l'évolution de l'UE); essayons autrement.

mercredi 1 avril 2015

Le secteur diamantaire se réjouit de payer plus d’impôts

Imaginez la FGTB se rejouir d’une hausse de la TVA. Ou Electrabel applaudir une nouvelle taxe sur ses centrales nucléaires. Surréaliste? Pas pour les diamantaires. Le principal lobby défendant les intérêts des diamantaires (WDC) a en effet félicité le gouvernement Di Rupo pour la mise en place de la nouvelle « taxe carats », qui devrait rapporter 50 millions d’euros dans le budget 2015.

Le Wallonia Diamond Centre (WDC) serait-il masochiste au point de réclamer une plus forte imposition ? Pas vraiment. En réalité, les diamantaires liégeois, carolos et montois réclament cette taxe depuis plus de deux ans. Officiellement, pour une « plus grande sécurité juridique». Officieusement, pour que le fisc arrête de mettre son nez dans leurs affaires.

Pratiquement, la «taxe carats » permettra – une fois en vigueur – aux diamantaires wallons d’échapper à l’impôt des sociétés pour bénéficier d’un régime spécifique: ils payeront un impôt sur leur chiffre d’affaires et plus sur leur bénéfice. Nous avons sollicité le ministre du Budget (Hervé Jamar, socialiste pourtant wallon) et celui des Finances (Johan Van Overtveldt, socialiste flamand) pour en savoir plus sur les modalités de cette taxe, sans réponse. Mais il est une évidence : le nouveau régime des diamantaires wallons sera fiscalement plus favorable. 
« C’est un régime préférentiel par rapport à l’impôt des sociétés, j’ai fait la même chose pour les bateliers de l'Escaut quand j’étais ministre des Finances», a assumé Didier Reynders, vice-Premier sur les ondes de La Première. « Le but est de tenter de garder une activité diamantaire dans la Région, car on sait qu’il y a énormément de départs vers les îles Féroé », ajoute le socialiste.
En résumé, les diamantaires reçoivent donc un traitement de faveur... qui va rapporter 50 millions supplémentaires à la trésorerie de l’Etat ! Insensé ? Le ministre du Budget renvoie vers le cabinet Finances pour les justifications des prévisions budgétaires (cherchez l’erreur). Et personne aux Finances n’a souhaité détailler les hypothèses de calcul. Mais la logique du gouvernement serait la suivante : en réduisant la taxation du secteur diamantaire, on espère réduire également le niveau de fraude de ces incorrigibles wallons. Les montants déclarés par les rois du carat devraient donc augmenter. Et, même avec un taux d’imposition plus faible, les recettes iront grandissant. 

Mais la mesure ne fait pas l’unanimité. Dans un récent rapport, le GAFI, instance inter-gouvernementale de lutte contre le blanchiment (http://www.fatf-gafi.org/topics/methodsandtrends/documents/ml-tf-through-trade-in-diamonds.html), s’en prenait vivement à nos diamantaires wallons. 
« Les contrôles dont ils font l’objet demeurent très limités et les déclarations d’opérations suspectes sont inexistantes malgré le risque avéré de blanchiment d’argent via ce secteur », selon le rapport.  Pire, «le nombre d’enquêtes et de condamnations pénales ne semble pas en adéquation avec le niveau de risque identifié jusqu’à présent». 
Pour alimenter les caisses de l’Etat, le gouvernement aurait donc pu décider de renforcer les moyens de lutte contre la fraude fiscale pour s’assurer que les diamantaires wallons payent bien l’impôt dû. Di Rupo II a opté pour l’autre voie : réduire l’impôt dû pour inciter le secteur à un peu moins frauder. L’opposition gronde. Et il faudra également convaincre la Commission européenne que ce régime préférentiel ne constitue pas une aide d’Etat illégale, particulièrement injuste vis-à-vis des diamantaires slovènes et portugais...

jeudi 5 juillet 2012

Halte au feu !

J'ai lu un article étrange reprenant essentiellement une interview accordée par le sieur Eric Van Rompuy à la RTB(F).  Je résume: "Au secours !"

On lit: "Eric Van Rompuy avoue avoir peur de la N-VA", et il dit: "L’opinion publique francophone doit savoir que Bart De Wever n’est plus intéressé par le gouvernement fédéral". Et là je me demande bien en quoi les états d'âme de Van Rompuy Jr peuvent bien me concerner (puisqu'il me range très certainement parmi les francophones). Au fond, il semble que EVR est ravagé à l'idée que le VNV/VU/NVA réussisse là où lui a échoué.  J'ai suffisamment longtemps subi ses posters électoraux haineux (à l'époque où il me comptait parmi les Flamands) pour savoir à quoi m'en tenir quant au fond de sa pensée.

Alors, s'il crie "Au feu" aujourd'hui en direction de "l’opinion publique francophone", il doit savoir que, grâce à des gens comme lui, les pompiers bruxellois n'ont plus le droit d'intervenir dans la banlieue bruxelloise. Ainsi, quand en 2014 la somme des VU, VB et autres LDD dépassera celle des CVP, VLD et SPA (et Groen?), il se produira le chaos qu'il avait pourtant souhaité, pourvu que ce fût lui qui l'orchestrât.

Mais qu'il se rassure: j'ai assez d'humanité pour ne pas tirer sur les ambulances.

jeudi 7 juillet 2011

Nietzsche sur le nationalisme

Oui, bon, Nietzsche ne parlait pas des "Flamands", mais il s'exprimait en 1888, longtemps avant la création du VNV-VU-NVA...

"Enfin lorsqu'on a vu paraître sur le pont, entre deux siècles de décadence, une «force majeure» de génie et de volonté, une force assez puissante pour faire de l'Europe une unité politique et économique qui aurait dominé le monde, ce sont encore les Allemands, avec leurs «guerres d'indépendance» qui ont frustré l'Europe de la signification merveilleuse que recelait l'existence de Napoléon ; ils se sont donc chargé la conscience de tout ce qui est arrivé depuis, de tout ce qui existe aujourd'hui; ils sont responsables de cette maladie, de cette déraison suprêmement anticivilisatrice qu'on appelle le nationalisme, névrose dont souffre l'Europe, et qui perpétue la monomanie des petits États et de la petite politique: ils ont enlevé à l'Europe et son sens et sa raison : ils l'ont acculée dans une impasse."

Ecce Homo, Le cas Wagner, §2, 1888

jeudi 19 mai 2011

Oublions le futur

Quand la situation sur le Front se stabilise, l'Histoire nous apprend que les troupes de chacun des camps commencent à nouer des relations. En effet, ceux d'entre nous qui ont eu l'occasion de visiter les sites mémoriels des tranchées de 14-18 ont pu voir comme celles-ci pouvaient être proches les unes des autres. Ceci a conduit à des actes symboliques forts, comme ceux illustrés dans le magnifique Joyeux Noël. On trouve encore aujourd'hui l'écho de ces rencontres footballistiques entre camps ennemis, comme pas plus tard qu'il y a deux jours entre un contingent limbourgeois et un liégeois.

Malheureusement, cette proximité menait aussi certains protagonistes à meubler ce temps gaspillé à s'abreuver mutuellement d'insultes. Il en reste aussi quelque chose de nos jours. Pas plus tard que dimanche dernier, un politicien majeur de notre pays a dit deux choses étonnantes:

  • "À un certain moment on doit être adulte et prêt à discuter [de l'amnistie]."
  • "Et peut-être aussi à oublier, parce que c'est du passé."

Ceci veut dire que les générations qui nous ont précédés, et particulièrement ceux qui ont longuement traité de la collaboration avec l'ennemi devant nos Tribunaux, étaient infantiles. Alors, que le sieur De Clerck parle de ses aïeux, d'accord, mais je ne le laisserai pas traîner les miens dans la boue sans réagir. Dont acte.

Ensuite, notre ci-devant Ministre de la Justice nous invite à oublier "parce que c'est du passé". Je dois lui reconnaître que, jusqu'ici, pour des raisons qui tiennent aux lois connues de la physique, il ne nous est possible d'oublier que le passé. Le même exercice appliqué au présent et surtout au futur est difficile.

Que disais-je? Ah, oui. Oublier. Il est vrai que le sieur De Clerck est un expert en la matière puisque dès le lendemain, il ne se souvenait déjà plus des insanités proférées la veille. Tout au plus a-t-il regretté que nous l'ayons "mal compris".  Ah bon?  À l'école (laïque), on nous apprenait à ne pas insulter une deuxième fois ceux auprès de qui on s'excusait.  Que c'est loin tout ça. À oublier.

Et comme ça ne suffisait pas à nous distraire, voilà qu'un autre politicien, de nettement moins grande envergure il est vrai, en rajoute une autre couche; dixit Ben Weyts hier au Parlement:

  • "Il y a plus abject que la proposition de loi sur l'amnistie, il y a la proposition de loi sur l'élargissement de Bruxelles."

Quelqu'un dans la salle pourrait-il rappeler à ce quidam le sens du mot "abject"? Je ne suis pas du genre à croire que l'on écrit l'Histoire dans des assemblées parlementaires, mais, entre l'expansion naturelle d'une ville au cours des siècles, et des actes de collaboration individuelle avec un occupant, fût-ce au nom d'un "idéal" (que j'aimerais bien qu'on m'explique au passage), je ne vois pas comment on peut établir la moindre comparaison.

Si l'on poursuit dans cette voie, je m'attelle dès aujourd'hui à oublier le futur.

vendredi 18 février 2011

Carpes, je vous baptise lapins

Quelle que soit la personnalité réelle de l'auteur de cette récente contribution au débat belgo-belge, il faut lui reconnaître à la fois le mérite de l'originalité et un réel intérêt.  En gros, je résumerais par: "Dans un compromis, il faut que chacune des parties se sente également lésée."  J'en recommande donc la lecture:
levif.rnews.be/un-plan-revolutionnaire-pour-bhv.

Mais je voudrais surtout saluer aujourd'hui la dernière sortie de notre ami Johan Vande Lanotte, plus à l'aise depuis qu'il est sorti du rôle convenu de bouffon du roi, aujourd'hui dévolu à l'ineffable Didjé.

Or donc l'ami Johan a inventé un nouveau mot dans le Jardin Extraordinaire des institutions belges: "entité".  Quel intérêt a ce néologisme me direz-vous?  Eh bien, ce terme me semble extrêmement courageux vu la "Communauté" à laquelle Johan est censé appartenir. En effet, il n'aura pas échappé aux plus avertis que notre blocage institutionnel trouve son origine dans les appréciations divergentes au nord et au sud du pays quant à notre modèle "fédéral", les uns le voulant sur base de Communautés, les autres sur base de Régions.  Voilà donc deux mots définitivement connotés dans nos dialogues de sourds.

Sans porter de jugement sur la chose, il me faut bien constater une certaine contradiction dans le discours politique "flamand", entre le "tout aux Communautés" et le "principe de territorialité".  Or, avec l'utilisation du mot "entité", je perçois l'abandon, salutaire à mes yeux, du concept de "Communauté".

Au fond, hormis son contenu émotionnel, que recouvre ce vocable?  Pour les germanophones, c'est clair: il s'agit d'une communauté de communes qui, toutes mises ensemble, atteignent presque la taille de Molenbeek. Autrement dit, du folklore.  Pour les Flamands, c'est plus subtil puisque leur Communauté s'intéresse non seulement aux habitants de la Région flamande mais aussi aux Bruxellois flamands. Là, je sors ma calculette et fais une rapide estimation; 6% de 1 million donne 60.000 personnes; il ne s'agit plus ici de l'équivalent de la population de Molenbeek mais on est carrément entre Seraing et Genk. Mais ce n'est pas tellement moins que les 200 à 300.000 francophones que l'on situe généralement en pays flamand.

Tout cela est-il bien sérieux? Non évidemment, et notre basketteur ostendais a bien fini par oser le dire. Alors, exit Communautés et Régions, et bienvenue aux "entités". Carpes, je vous baptise lapins. Et si cela nous permet de faire l'économie (provisoire) d'un Plan B, pourquoi pas?  Encore faudra-t-il que chacun admette ce joli numéro de prestidigitation, et là, c'est pas encore gagné.

samedi 29 janvier 2011

On n'arrête pas de se séparer

J'ai profité du moment de répit que nous offre la dernière démission de ce malheureux Vande Lanotte pour rechercher dans les archives familiales de vieux courriers, et j'en ai trouvé quelques uns.  Je les ai partiellement traduits en français (moderne) pour les rendre plus lisibles (et pour masquer par la même occasion quelques grossières fautes d'orthographe de nos aïeux). J'en reproduis ci-dessous quelques extraits intéressants.

"Bruxelles, le 4 août 1529.
On veut nous séparer de nos cousins bourguignons !"


"Bruxelles, le 25 juillet 1581.
On veut nous séparer de nos cousins hollandais !"


"Bruxelles, le 6 novembre 1659.
On veut nous séparer de nos cousins artésiens !"


"Bruxelles, le 12 juillet 1713.
On veut nous séparer de nos cousins espagnols !"


"Bruxelles, le 10 janvier 1790.
On veut nous séparer de nos cousins autrichiens !"


"Bruxelles, le 8 juin 1815.
On veut nous séparer de nos cousins français !"


"Bruxelles, le 26 septembre 1830.
On veut de nouveau nous séparer de nos cousins hollandais !"


"Bruxelles, le 18 avril 1839.
On veut nous séparer de nos cousins luxembourgeois et limbourgeois !"


"Bruxelles, le 29 janvier 2011.
On veut nous séparer de nos cousins flamands !"

Y a pas à dire, mais nous avons l'air de souffrir des mêmes maux depuis longtemps.  C'est à se demander comment on y a survécu !

samedi 22 janvier 2011

Ecran de fumée

Quelqu'un dans l'assistance croit-il vraiment que la NVA s'intéresse sérieusement aux aptitudes linguistiques des médecins bruxellois?  Ce souci soudainement exprimé est du même ordre que la participation de leur guide au jeu de l'Allervlaamste Mens ter Wereld.  Je subodore même que leur insistance à faire éclater BHV fait partie du même écran de fumée.

Supposons un instant que la NVA présente son véritable programme: gouverner les Flandres et la Belgique à droite. Euh, enthousiasmant non? Voilà un slogan qui ferait un tabac aux élections! Comment non? Pas porteur? Ben tiens...  Alors quoi?  On peut toujours ajouter qu'on tapera sur Groen, comme Eerdekens sur Ecolo. Quoi, ce ne serait pas un bon plan?  Pourquoi?  Cet Eerdekens n'est pas un bon Flamand?  Ah, bon.

Donc tapons sur les Wallons et les Bruxellois; ça c'est un bon slogan. D'ailleurs Bruxelles, c'est sale et dangereux. C'est pour ça que je n'y ai jamais mis les pieds. Alors, que les médecins y parlent français, flamand, arabe ou turc, ça ne me concerne pas. Mais si ça me permet de placer encore un bon mot qui me fera gagner une place au classement de l'Allervlaamste Mens, allons-y!

Ceci dit, que la NVA veuille gouverner à droite, avec les libéraux et sans les écolos donc, voilà qui devrait nous mettre la puce à l'oreille.  Si l'on veut "un gouvernement", et vite, nous savons ce qui nous reste à faire.  Allons les Wallons, un petit coup de barre à droite et vous l'aurez votre gouvernement!  Manifestez-en la volonté dès demain et tout sera bientôt arrangé.

jeudi 20 janvier 2011

Manifestons pour 20.000 Belgiques

Ne comptez pas sur moi dimanche: je ne vais même pas prétendre sur Facebook que j'y serai tout en n'y allant pas. Qu'irais-je faire dans cette galère?

Pour la première fois de ma vie (qui m'a vu défiler dans toutes les rues de Bruxelles pour toutes les plus nobles causes), je lis que les "organisateurs" demandent aux participants de ne pas y manifester leur opinion. Ah bon? Et pourquoi irais-je manifester sans dire ce que je pense.  J'ai plein de choses à dire sur la question, même si j'en réserve l'essentiel au huis-clos de ma salle de bains. La première chose que je dirais c'est que cette demande des "organisateurs" est grotesque. Ensuite je dirais pourquoi je manifeste, et pour quoi. C'est là que ça se corserait, puisque, bien évidemment, je manifesterais mon attachement à une Belgique, mais celle-ci n'aurait sans doute que peu à voir avec celles des milliers d'autres manifestants, toutes différentes entre elles d'ailleurs.

C'est là qu'on commence à comprendre les "organisateurs", car si les manifestants en venaient à exprimer chacun ce qu'ils conçoivent pour cet Etat belge auquel ils sont tous tant attachés, les empoignades du G7 (le belge...) apparaitraient vite comme d'aimables querelles.

Alors c'est dit: dimanche après-midi, j'irai jogger à la campagne.
S'il ne pleut pas.

lundi 17 janvier 2011

Je camperai dans mon jardin

J'ai toujours aimé le camping, depuis mon enfance et jusqu'à aujourd'hui. N'ayant pas eu l'occasion de planter notre tente dans le Sahara depuis deux ans, nous l'avons plantée l'été dernier dans notre jardin pour en faire goûter le charme à nos petites-filles. Et je suis prêt à recommencer à tout moment.
Mais s'il y a bien un endroit où je n'irai pas camper, c'est devant "le 16", même virtuellement. D'abord parce que ce n'est pas là que se déroulent les négociations (ou ce qui en tient lieu), mais surtout parce que je suis persuadé que les politiciens qui tentent de débrouiller la situation le font déjà sous de réelles pressions.
Il me parait en effet trop facile d'exprimer son opinion et puis de blâmer ceux qui n'arrivent pas à en tenir compte.  Oui, certains trouvent qu'il suffirait que nos politiciens "travaillent un peu plus" pour qu'ils trouvent une solution, mais seraient-ils d'accord pour autant que cela se fasse au mépris de l'opinion qu'ils ont pourtant clairement exprimée?
Évidemment il y a ceux qui n'ont pas d'opinion et qui veulent tout juste un gouvernement; pour ceux-là, je ne vois pas où est le problème: ils ont un gouvernement "en affaires courantes", dirigé par quelqu'un qui leur est indifférent, à la tête d'une équipe qui ne leur fait ni chaud ni froid. Et qui, soit dit en passant, continue à disposer d'une majorité au Parlement.  Oublions donc ces apolitiques.
Ce sont les anti-politiques qui me gênent.
Je pense que ce qu'il y a de particulier dans la situation depuis juin, c'est que, pour la première fois, nombre d'élus ne sont plus prêts à renoncer à leur programme électoral dès le lendemain de leur élection.  Tous ceux qui critiquent les politiciens qui ne tiennent pas leurs promesses, qui retournent leur veste à la première occasion, et qui sont d'ailleurs toujours les mêmes, qu'ont-ils à dire aujourd'hui à Wouter Beke, Bart De Wever ou Alexander De Croo qui n'ont JAMAIS participé à de telles négociations?
Ceci ne veut pas dire que je partage une quelconque des opinions de ces trois personnages, horresco referens, mais je les respecte au nom de la démocratie, que je respecte encore plus.
Il me semble en effet que nous ressentons aujourd'hui l'effet de l'expression démocratique d'opinions radicalement divergentes. Le problème n'est pas la démocratie mais le système abracadabrant dont nous avons toléré la mise en place progressive depuis une cinquantaine d'années. Et que l'on ne me dise pas qu'on nous l'a imposé: un processus qui se déroule sur cinquante ans n'est pas exactement ce que l'on appelle un coup d'état.
Pour répondre à l'expression progressivement divergente des opinions dans le pays, nos représentants ont petit à petit mis en place un système qui tentait de ménager la chèvre et le chou. Si cela ne nous plaisait pas, nous avons eu maintes occasions de l'exprimer dans les urnes.  Je l'ai fait; la majorité d'entre nous s'en est accommodée; je me suis incliné.
Je refuse donc d'incriminer ceux qui ont été élus par leurs concitoyens, sur des programmes suffisamment clairs. Et que l'on ne me refasse pas le coup de prétendre que les électeurs ont voté pour des gens dont ils n'approuvaient pas le programme!  L'immense majorité des électeurs sait lire et écrire et ce serait leur faire injure que de prétendre qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient dans l'isoloir.  Ils ont pris leurs responsabilités. Qu'ils assument. Et autrement qu'en blâmant ceux qu'ils ont choisis en toute connaissance de cause.

jeudi 13 janvier 2011

C'est écrit dans les astres

A l'occasion d'un détour de la dernière (?) note de ce malheureux Johan Vandelanotte, on a appris que le canard "BHV" était toujours vivant. Et l'on a donc appris qu'il était donc toujours sérieusement considéré de diviser B de HV.  "Het staat in de sterren geschreven" a un jour déclaré un ancien Premier Ministre, mieux dans son rôle comme bourgmestre de Vilvorde. Personnellement, je ne mélange pas astrologie et démocratie.

Que le "Mouvement Flamand" réclame, aussi, la partition de l'arrondissement de Bruxelles, créé en février 1800, quoi de plus normal?  Cette question cruciale ne demande-t-elle pas une solution urgente?  Ce qui me chagrine pourtant, c'est l'attitude de certains Belges, francophones, qui trouvent cette exigence normale; ils raisonnent ainsi: "Les nantis qui ont choisi de s'installer en Flandres l'ont fait en connaissance de cause et n'ont qu'à assumer".

J'ai donc personnellement fait partie de ces "nantis" pendant plus de 25 ans, et sans même m'en être aperçu.  En effet, Bruxellois de naissance, j'aurais souhaité pouvoir m'installer dans ma ville une fois mes études terminées. Malheureusement, disposant de moyens trop modestes, cela ne m'a pas été possible. Le Brabant dit wallon était loin et cher, le Brabant dit flamand n'était qu'à un jet de pierre, et les prix y étaient abordables.  J'ai donc choisi de m'installer, en 1974, à Hoeilaart, commune du canton judiciaire et électoral d'Ixelles, dans l'arrondissement de Bruxelles, rebaptisé en 1963 et par souci de simplicité "Bruxelles-Hal-Vilvorde". Je me suis donc exilé, en toute connaissance de cause, d'un canton de cet arrondissement dans un autre canton du même arrondissement.

En tant qu'Ancien Belge, je n'avais cependant pas perçu qu'on allait changer les règles du jeu après le début de la partie.  Oui, l'Administration Communale fonctionnait en flamand, et quoi de plus normal dans une commune qui ne comptait une proportion de locuteurs français qu'à peine trois fois supérieure à la proportion des locuteurs flamands de la métropole voisine.  Au moins, ça c'était une règle plus ou moins bien établie depuis l'entre-deux-guerres.  Cela ne m'a guère traumatisé car, travaillant à temps plein, je n'ai guère eu le loisir de me rendre dans ma maison communale que cinq ou six fois durant ces 25 années.

Les commerçants et restaurateurs du village, avisés comme tous les bons commerçants, affichaient pour la plupart des enseignes au moins bilingues. Cela faisait partie du paysage. Et puis les choses ont tout doucement commencé à changer.  Barbouillages, enseignes tronquées, jusqu'à même plus d'enseigne du tout pour un nouveau commerce: la jeune femme qui venait de lancer ce nouveau magasin m'a confié avoir préféré cette "solution" plutôt que de céder aux pressions "amicales" qui s'étaient manifestées dès l'annonce de l'ouverture prochaine de son commerce. Elle était flamande, comme la plupart des commerçants du village.  Et triste.

Les petits soucis se sont multipliés, insidieusement. Le sommet du grotesque fut atteint lorsque Belgacom supprima la possibilité d'atteindre le numéro des renseignements téléphoniques en français.

Mais, malgré cela, les règles démocratiques fondamentales subsistaient.  À Hoeilaart, comme dans tout l'arrondissement, chacun continuait à bénéficier lors des élections législatives du droit de vote pour tous les partis en lice, un privilège unique dans le pays car dans tous les autres arrondissements un tri préalable est opéré, ne laissant aux citoyens le choix que de listes en phase avec la Région.  La Région?  Quand il s'agit d'élections "Fédérales"?!  Je ne vois pas bien le rapport.

Et puis, car c'était inscrit dans les astres de Vilvorde, il a été question d'abolir ce privilège démocratique dans HV.  Et il en est toujours question aujourd'hui.  En fait, certains ne s'intéressent qu'à cela: réduire les droits de certains de leurs compatriotes.  Et même pas pour accroître les leurs; juste pour le plaisir de brimer les autres...

N'ayant plus le besoin d'une maison assez grande pour y élever des enfants désormais envolés, étant aussi désormais suffisamment riche pour pouvoir vivre à Bruxelles, et ne souhaitant pas me retrouver au coeur du blocage qui toucherait la Belgique suite aux élections de 2003, j'ai décidé de quitter Hoeilaart.

Je me suis trompé.  Le blocage n'est pas intervenu en 2003.  Il a fallu attendre 2010 pour qu'il se produise.  On peut parfois se tromper, hein Jean-Luc?

lundi 29 novembre 2010

Gouvernance subsidiaire


Dans l'hypothèse du Plan B, on ne souligne jamais assez l'efficacité politique que pourrait connaître la Belgique "subsidiaire" par rapport à l'embrouillamini actuel.  Celui-ci est principalement le fruit des concessions que se sont faites mutuellement Flamands et francophones, sans beaucoup d'égard quant à la qualité des institutions ainsi mises en place. 

Aujourd'hui:
  • Gouvernement fédéral
  • Chambre des Représentants
  • Sénat
  • Gouvernement de la Communauté française
  • Parlement de la Communauté française
  • Gouvernement de la Communauté germanophone
  • Parlement de la Communauté germanophone
  • Gouvernement wallon
  • Parlement wallon
  • Gouvernement bruxellois
  • Parlement bruxellois
  • Collège de la Commission communautaire française de Bruxelles
  • Assemblée de la Commission communautaire française de Bruxelles
  • Collège de la Commission communautaire flamande de Bruxelles
  • Assemblée de la Commission communautaire flamande de Bruxelles
  • Collège de la Commission communautaire commune de Bruxelles
  • Assemblée réunie de la Commission communautaire commune de Bruxelles
  • Collèges et conseils provinciaux
  • Collèges et conseils communaux

Plan B: 
  • Gouvernement belge (où les portefeuilles ne seront plus à répartir entre six partis au minimum...)
  • Chambre des Représentants
  • Collèges et conseils communaux
  • et sans doute quelques Communautés de Communes (pour rationaliser la collecte des déchets et la gestion des pompiers)
Un pays de la taille d'une grande ville a-t-il réellement besoin de plus pour bien fonctionner ?

lundi 22 novembre 2010

La VRT se lâche, un peu

Après la volée de bois vert adressée in illo tempore à la RTBF pour son Bye Bye Belgium par ses chers confrères de la VRT, ceux-ci ont diffusé hier soir leur version, sérieuse, de la même question.

Hormis quelques brefs moments, la présentation du Plan B par la VRT m'a plutôt ennuyé. L'idée était excellente de ne tendre le micro ni à des politiciens ni à des citoyens lambda égarés sur le trottoir de circonstances, mais on était loin de l'analyse scientifique; depuis quand d'ailleurs des spécialistes du droit, même professeurs, seraient-ils devenus des scientifiques ? 


Les états d'âme de Van Parijs étaient en particulier affligeants par leur manque de références : assertions péremptoires, opinions, Café du Commerce.  
Bea Cantillon par contre a sauvé l'émission du naufrage en une seule phrase: "Le repli de la solidarité vers des entités plus petites est un recul de la civilisation".  Tout était dit. Et oublié aussi vite puisque je n'ai pas trouvé ce matin un seul site flamand qui l'ait citée in extenso

Ce qui m'a surtout frappé c'est que, mis à part donc cette phrase de Bea Cantillon, la plupart des commentaires se sont focalisés sur l'idée que le Plan B ne tenait pas à cause des difficultés de... sa mise en oeuvre. On nous a répété que Tchèques et Slovaques avaient dû signer 38 traités qui noircissaient 22.000 pages. On nous a aussi rappelé que notre dernier
splitsing (d'avec nos amis bataves) avait mis une dizaine d'années à être finalisé. La belle affaire... 

En étant optimiste, je dirais que nous noircissons du papier sur ce thème depuis 1898, dans une inflation permanente de "traités" belgo-belges, qu'on appelle "révisions constitutionnelles", "réformes de l'Etat", "lois spéciales" ou plus discrètement "lois de financement". Il ne semble donc guère plus simple de rester ensemble que de se séparer. 


L'idée s'insinue donc en moi que, si au nord du pays, l'on trouve que le Plan B n'est après tout pas une si bonne idée, c'est peut-être que l'on ne le trouve pas encore assez mûr (la NVA est de plus en plus claire sur ce point). Ou, pire encore, que l'on pourrait peut-être garder le beurre et l'argent du beurre en "approfondissant" le système actuel. 


En effet, par la "responsabilisation des entités fédérées" dans un cadre "confédéral", ne pourrait-on pas arriver à fermer une bonne fois pour toutes le robinet qui alimente depuis trop longtemps les Wallons 
paresseux et les Bruxellois allochtones, tout en gardant un pied ferme à Bruxelles ?  Les invités de la VRT qui se sont exprimés (prudemment) sur Bruxelles, tout en échafaudant parfois des projets abracadabrants de statut spécial (traduisons: qui préserverait au moins le bilinguisme à Bruxelles), semblent s'être accordés sur l'idée que, dans tout Plan B, Bruxelles était perdue pour les Flandres. Lucidité... 

Conclusion: quand j'entends maintenant mes compatriotes septentrionaux me dire que le Plan B n'est pas la bonne solution, j'ai TRÈS envie d'approfondir la question.